ROLOFFIA VALIDITY

 

Notes sur la Validité du Genre Roloffia

 

JEAN H. HUBER *

 

* Musée de l'Université et de la Ville de Nancy, Aquarium tropical, 18 rue Sainte Catherine, 54000 Nancy, France

 

Au cours des dernières années, les Cyprinodontidés ont  connu un regain d'intérêt; des classifications et des théories, plus ou moins acceptées ont été échafaudées. Les groupes d'espèces sont assez homogènes du point de vue morphologique : le meilleur exemple est encore le genre Rivulus du continent américain. L'importance attachée aux niveaux génériques et sub-génériques est souvent fonction de l'analyse du taxonomiste lui-même. Mais il reste que ces Poissons sont particulièrement difficiles à étudier au niveau spécifique.

C'est en 1924 (: 2) que Myers créa le genre Aphyosemion en restreignant Fundulus à l'Amérique du Nord. Aphyosemion est aujourd'hui unanimement accepté. Myers fit une subdivision du genre dans la même publication et en 1933 : Fundulopanchax (1924) et Callopanchax (1933) (des détails plus précis sur ce problème sont donnés par Scheel 1968 et Huber 1974 (lit. cit.). Le premier a comme espèce-type A. (F.) coeruleum, le second A. (C.) sjoestedti (au sens de Boulenger : Fundulus rouge).

Le problème est né de la dualité suivante: 

- coeruleum est synonyme de sjoestedti (Lönnberg), 
- sjoestedti, au sens de Boulenger, était une espèce non décrite en 1933 (appelée occidentale par Clausen en 1966).

Clausen (1966 : 324) a écrit que cette erreur conduisait à mettre en synonymie les deux sous-genres, ou à déclarer Callopanchax invalide.

N'ayant pas vu la publication de Myers de 1933, il m'est difficile de trancher.

Cependant, dans celle de 1924, figure un dessin montrant clairement le Poisson de Lönnberg pour Fundulopanchax et donc Myers avait sans aucun doute pris le Fundulus rouge pour Callopanchax. La Commission internationale de Nomenclature zoologique devrait statuer cette année sur ce point.

Clausen en suivant son raisonnement a donc créé le genre Roloffia : il élargissait Callopanchax pour lui, invalide, à d'autres espèces et l'élevait au niveau générique avec comme génotype : R. occidentalis.
Roloffia se distinguait de Aphyosemion par les caractères suivants: 
- Primo, la répartition géographique est exclusivement située à l'ouest de «l'enclave du Dahomey» à l'exception de A. walkeri. L'«enclave du Dahomey» est la zone où la savane s'avance jusqu'à la côte séparant ainsi la forêt Africaine en deux parties. 
- Secundo, les organes de la ligne latérale frontale avait une disposition triangulaire (opposé à trapézoïde). 
- Tertio, la cténoïdie des écailles (épines) est absente.

Ces différents points sont discutés ci-après : une exception s'est ajoutée à A. walkeri : il s'agit de A. seymouri Loiselle et Blair 1971, originaire du Ghana. Par ailleurs, des espèces de Fundulosoma sont présentes à l'ouest du Dahomey.

Le caractère de la ligne latérale est remarquablement constant, mais il n'est pas toujours facile à déterminer. Par exemple, il est très peu marqué dans le genre Nothobranchius. Cependant, son utilité est incontestable cas par cas : il a permis de séparer les deux formes d'Epiplatys, sexfasciatus et multifasciatus qui auparavant étaient considérées comme synonymes, ou la seconde sous-espèce de la première. Notons que le caractère de la ligne latérale ne coïncide avec aucune délimitation géographique chez Epiplatys.
La cténoïdie est extrêmement variable d'un individu à l'autre, parfois à l'intérieur d'une même population. 
Ces deux derniers caractères sont très utiles pour séparer des espèces jumelles ou des formes convergentes, mais il semble difficile de les utiliser au niveau générique.

La principale réserve qui peut être faite est que le genre Roloffia est hétérogène : c'est une classification qui ne peut être considérée comme phylétique. La caryotype, le biotope, le cycle de vie, la morphologie sont autant de caractères qui différencient plus certains Roloffia entre eux que ces mêmes Roloffia d'Aphyosemion.

Le groupe: occidentalis- toddi-monroviae se distingue très nettement des autres espèces par ses caractères primitifs (n = 23) et strictement annuels. 
Le groupe roloffi et son allié geryi est lui aussi homogène et devrait être rapproché, par le phénotype et d'autres critères, du groupe calliurum de Aphyosemion s. str. 
Enfin, il est difficile de placer les espèces petersi et guineense. Cette dernière présente une écaillure de type E comme chez Pachypanchax plaifayrii et P. omalonotus.

En conclusion, il est recommandé de ne plus utiliser le genre Roloffia au sens de Clausen. 
Cependant, si la Commission internationale décidait que Callopanchax est invalide, Roloffia pourrait être utilisé dans un sens restreint, comme un sous-genre de Aphyosemion regroupant occidentale et ses alliés. La classification de Clausen a eu le mérite de mettre en évidence des caractères fins non observés jusqu'ici qui pourraient être utilisés au niveau infra-générique.

 

Bibliographie :

Clausen (H.S.), 1966. -Rev. Zool. Bot. Afr. LXXIV.

Huber (J.H.), 1974. - Aquarama, sous presse.

Myers (G.S,), 1924. - Am. Mus. Nov. 116.

Scheel (J.J.), 1968. - Rivulins of the old World, TFH Pub.

 

First published and distributed in : Huber, J.H. 1974. Killi Revue (K.C.F.), I (4): 38-42.


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